41 èmes Rencontres de Gindou-Cinéma

41 èmes Rencontres de Gindou-Cinéma

Regards sur l’état du monde et des relations humaines

Cet aperçu des 41 èmes rencontres de Gindou, petit village du Quercy, prouve qu’il est possible d’élaborer une belle programmation, qui retienne et qui attire un public enthousiaste au cœur du Lot, sous le soleil d’août. 

Brigitte Hellequin

Quel plaisir de retrouver un public fidèle, curieux, toujours plus nombreux et actif lors des débats ! Il en a été ainsi dès la rencontre avec YOLANDE MOREAU à qui une rétrospective était consacrée. Elle s’est prêtée volontiers aux entretiens, évoquant son parcours, depuis ses débuts jusqu’à son métier d’actrice- dans une centaine de films-, mais aussi de réalisatrice dans 4 longs- métrages : « Pourquoi pas moi ? » disait-elle, exprimant le désir de raconter ses histoires, avec des rôles différents de ceux qu’on lui soumettait.

YOLANDE MOREAU © Brigitte Hellequin

Et puis, en 2016, elle reçoit une proposition d’Arte qu’elle rejette d’abord (« je n’ai jamais fait ça »):

tourner un documentaire de 30 mn sur les camps de réfugiés à Calais et Grande-Synthe. Une contrainte : en voix off, les mots d’un écrivain. Elle choisit Laurent Gaudé . Le tournage de Nulle part ailleurs bouleverse la cinéaste autant que le spectateur qui découvre l’oeuvre, précise, sensible, et respectueuse. Jamais intrusive, elle permet à la parole des personnes qui le souhaitent d’advenir, au sourire et à la curiosité d’un(e) enfant accroché(e) à son parent ou les pieds dans le sol détrempé de s’arrêter face à l’objectif de la caméra.

D’autres documentaires sur le thème de la migration, de l’exil, du défaut d’hospitalité ont également suscité réflexion et vives réactions :

Les Voyageurs, témoignage filmé par l’un des jeunes camerounais qui tentent de franchir la frontière Maroc/Espagne ; échouant souvent, recommençant tant qu’ils le peuvent.

Tourné à Vincennes : Devant-Contrechamp de la rétention s’intéresse aux invisibles, enfermés en attente de leur expulsion ou de leur libération, dans un lieu bien gardé et dissimulé au fond du Bois, à travers celles qui les soutiennent et attendent des heures durant de les voir. Au fil des jours, elles révèlent à la réalisatrice leur soutien essentiel à la survie des détenus, surtout quand l’enfermement perdure. (une projection prévue à Auxerre début 2026)

Et puis, récompensé à Cannes, ce documentaire déchirant de Sepideh Farsi : Put Your Soul on Your Hand and Walk (une séance supplémentaire programmée à Gindou pour ne laisser aucun spectateur à l’entrée) : Le terrible quotidien de Gaza auquel bien trop de dirigeants dans le monde restent sourds, massacre et destruction bien organisés ; et une belle amitié entre une photographe palestinienne et une cinéaste iranienne.Une projection-débat a eu lieu à Auxerre le 8 décembre 2025.

En lien avec la politique coloniale des pays occidentaux, et notamment celle exercée au Congo, l’impressionnant Soundtrack To A Coup d’Etat de Johan Gimomprez (sortie le 1er octobre) a mobilisé et tenu en haleine les spectateurs de l’impressionnant documentaire de Johan Gimomprez. Pendant 2h30, il revient sur les conséquences tragiques de la guerre froide dans ce pays africain en cours de décolonisation dès les années 50, et au delà des enjeux politiques, démontrent l’importance d’une manipulation à travers le jazz.

Deux autres documentaires, radicalement différents, tant par leurs objectifs que par leur esthétique ont suscité notre intérêt :

Soulèvements de Thomas Lacoste, parti dans toute la France à la rencontre de ceux qui militent et inventent des moyens d’action pour défendre notre environnement.

Et La vie après Siham de Namir Abdel Messeeh : le projet du cinéaste naît au moment de la disparition de sa mère, qui l’avait aidé à produire son premier film : La Vierge, Les coptes et moi, tourné pour l’essentiel en Egypte. L’histoire familiale s’est en effet bâtie entre ce pays et la France. Or Namir veut enquêter pour en savoir plus sur l’exil de ses parents, mettant leur histoire en miroir avec le cinéma de Youssef Chahine. Un film plein de délicatesse et, malgré tout, plein de vie.

Des fictions aussi

Certains réalisateurs sont régulièrement programmés à Gindou. Tel est le cas de JAFAR PANAHI dont le film Un simple accident, Palme d’or à Cannes était également très attendu par les spectateurs de la séance de minuit. L’obscurité du cinéma de verdure était comme en harmonie avec les premières séquences se déroulant de nuit, sur une route puis dans un garage. Le contraste avec les scènes tournées sous un soleil éclatant n’en était que plus saisissant.

Le cinéaste, interdit d’exercer son métier, a, selon son habitude, choisi des lieux de tournage non localisables. Le désert, par exemple, constitue un décor idéal pour une tragi-comédie ; Une voiture qui transporte une famille semble-t-il normale nous la rend familière. Une camionnette devient le cadre d’une véritable bagarre plus drôle que dramatique entre des passagers aux opinions divergentes.

Jafar Panahi s’est inspiré en prison du témoignage de ces co-détenus et a voulu réfléchir à la notion de vengeance. Après la chute du régime, que faire de de ceux qui ont torturé, assassiné ?.A partir des traumatismes du passé, comment penser l’avenir ?

Non sans ironie ni humour noir, le cinéaste roumain Radu Jude tente d’approfondir, un problème de conscience qu’une huissière de justice, Orsolya, se pose après le suicide d’un sans-abri à qui elle a annoncé l’expulsion du sous-sol où il se réfugiait. Pour tenter d’y voir clair, elle interroge tout au long de Kontinental 25, toutes sortes de personnes, depuis son supérieur jusqu’à sa mère, son mari ou un prêtre orthodoxe…Personne ne cherche à susciter chez elle de remords, bien au contraire, Paradoxalement ces échanges font sourire tant ils vont dans le même sens : l’absence d’indignation et d’empathie. Après la dictature, la Roumanie est devenue une démocratie néo-libérale et ne se préoccupe guère de protection sociale.

Olivier Meys, dans L’été de Jahia, évoque quant à lui, la situation préoccupante des demandeurs d’asile dans les centres d’accueil d’un pays de l’U.E. Ne renonçant pas à une forme d’espoir, il fait surgir du réel, une belle amitié entre deux jeunes filles qui n’ont rien d’autre en commun que d’être exilées. Jahia a dû fuir le Sahel avec sa mère et Mila a quitté la Biélorussie avec sa famille.

Un film qui fait écho aux documentaires cités plus haut : Les Voyageurs, Nulle part ailleurs en France, et Devant- Contre-champ de la rétention.

L’amitié est également au centre du premier film, de Valéry Carnois, La Danse des canards. Camille et Mattéo, deux adolescents de culture différente, partagent leur passion pour la boxe dans un centre de formation. Leur relation est pertubée par l’hostilité et l’intolérance du reste du groupe. A découvrir ! Sujet original, personnages émouvants.

Tony « le roi du BTP », Mika et Dan, « rois de rien du tout », sont les personnages-clés de Météors, le nouveau film d’Hubert Charuel et de Claude Le Pape. Entre ces trois-là, l’amitié existe depuis toujours. À la fin, on se dit : mais, il n’y a pas de femme ! Si une ; elle est avocate, chargée de défendre Mika et Dan qui, un soir d’excessive alcoolémie, ont commis un vol, stupide (on en rit). Ils vont devoir s’engager à ne plus « boire » et à présenter régulièrement une fiche de paie. Si Mika parvient à « se discipliner », Dan rêve toujours d’une autre vie pour eux deux à la Réunion. Entre Saint Dizier, avec pour perspective un emploi dans les énormes poubelles de déchets nucléaires et la réalisation de son rêve, Dan, pour la première fois, va choisir seul.

D’autres cinéastes ont décliné les thèmes de l’amour et de l’amitié avec plus ou moins d’inventivité. On aura aimé le point de vue de Pauline Loquès qui nous attache à Nino, sa douceur et sa difficulté à s’ouvrir aux autres. On a souri, on est resté perplexe, on a été dérouté par Amour apocalypse, l’absurde se mêlant au romantisme, concrétisant le coup de foudre sentimental en vértable orage, et plus tard, en tempête.. :une œuvre de la réalisatrice canadienne Anne Émond.

Love me tender nous a paru vraiment long (2h13) en dépit de la prestation de Vicky Krieps, Clémence, femme active, se découvrant une préférence pour les femmes, est malmenée au propre et au figuré par les conflits incessants avec son mari duquel elle divorce, et qui exige la garde

exclusive de leur fils. Le chemin de la liberté est éprouvant.

Il est question aussi d’enfant -à naître cette fois- dans Des Preuves d’amour d’Alice Douard qui nous a agréablement surpris tant les actrices, Ella Rumpf, Mona Chokri et Noémie Lvovsky sont imprégnées de leurs personnages. La réalisatrice a situé l’histoire d’un couple de femmes qui attend un enfant en 2013, à une époque où seule celle qui a porté l’enfant est reconnue comme la mère, l’autre femme devant entrer dans une démarche d’adoption extrèmement contraignante (aujourd’hui, la loi Taubira permet de reconnaître l’enfant avant même sa naissance). Mais de ce sujet, Alice Douard compose une partition stimulante.

Avec Kika, Alexe Poukine nous emmène sur des voies inexplorées ; l’amour loin de tout préjugé, avec une figure féminine déterminée à se prendre en charge en tant que mère célibataire.

Pour finir, revenons à la comédienne et réalisatrice invitée, Yolande Moreau, une salle comble l’attendait. Son regard la parcourait avec une pointe d’étonnement et un léger sourire qu’elle adressait à toutes et à tous. La voyant ainsi, on pouvait l’imaginer à ses débuts où, sur scène, trop timide pour dire un texte à visage découvert, elle prenait plaisir à le jouer en portant un masque. Parmi les dix films revus, on retiendra l’émouvant Voyage en Chine (2015) dans lequel, sans pathos, elle interprète un rôle délicat de mère qui a perdu son fils aux antipodes.

Le Lait de la tendresse humaine, avec une impeccable distribution (2001) se révèle d’une surprenante actualité, l’une des scènes qui rapproche Yolande et Olivier Gourmet est à revoir. La réalisatrice, Dominique Cabrera, sort cette année un nouveau film avec Hélène Vincent et Yolande Moreau, Des femmes comme les autres. A suivre donc.

Cet aperçu des 41 èmes rencontres de Gindou, petit village du Quercy, prouve qu’il est possible d’élaborer une belle programmation, qui retienne et qui attire un public enthousiaste au cœur du Lot, sous le soleil d’août. On souhaite à toute l’équipe organisatrice de pouvoir continuer cette aventure vitale en dépit d’un budget plus limité, comme dans bien des domaines culturels.

Brigitte Hellequin

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